MARTINE MARRAS 

L’outil photographique est un puissant miroir

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MARTINE MARRAS

Artiste photographe, explorera, avec les habitants la notion de « chez soi ». Est-ce lié à un lieu ? Des événements, périodes de vie qui se seraient déroulées à cet endroit ? Un entourage qui nous est familier ? Des habitudes quotidiennes ? Qu’est-ce qui fait qu’on se sent « chez soi » ? Elle dressera ainsi des portraits-d'intérieur. Elle aimerait photographier les habitants pendant une occasion exceptionnelle de leur vie : une grossesse, un mariage, un nouvel emploi, un diplôme, l’ouverture d’un commerce, etc. L’objectif est de valoriser la vie des habitants, de leur donner envie de partager un évènement important de leur parcours de vie avec leurs voisins, leur quartier.

BIENVENUE CHEZ MOI

Durant la première année, je suis allée à la rencontre des habitants du quartier. Il y avait peu de monde dans les rues (surtout en période de pandémie), je suis donc entrée directement dans les immeubles et ai frappé aux portes. J’ai rencontré de nombreux habitants, d’âges et d’origines diverses. Beaucoup vivent isolés, seuls ou en famille, et font tous face à des difficultés économiques et sociales, ils sortent peu voire pas, sauf pour faire leurs courses au « petit » Auchan, aller à des rendez-vous médicaux ou à Pôle Emploi.
J’ai commencé une première série qui s’intitule « Bienvenue chez moi », où je présente les habitants du quartier, chez eux dans leur appartement ou dans la rue, l’endroit où je les ai vus pour la première fois.
L’idée était qu’ils prennent conscience du fait qu’ils font partie d’un quartier, d’un territoire « nommé » (le Quartier Rollin), et qu’ils soient aussi fiers de poser dans l’espace où ils se trouvaient (dans la rue, ou chez eux). Je leur ai ensuite remis leur portrait et ils étaient très fiers d’avoir une photo d’eux, certains l’ont même encadrée.
Je suis retournée les voir au fil des mois avec le but qu’ils m’amènent chez quelqu’un qu’ils connaissaient du quartier pour créer une chaîne et continuer cette « carte photographique » du quartier. Les gens réfléchissaient aussi aux gens qu’ils connaissaient (parfois ils ne connaissaient personne, même après 10 ans dans le quartier).
Les nouvelles personnes ont dit tout de suite oui, et m’ont renvoyé vers d’autres gens. La chaîne est très intéressante car elle crée aussi des interactions, rares en ces temps de Covid (certains habitants ne s’étaient pas vues/parlées depuis un moment).

Quand ces personnes étaient trop isolées, c’est moi qui les ai présentées à d’autres personnes du quartier, ainsi de suite. Mon but était de sortir les gens de leur isolement, de les faire sortir de chez eux.
Lors d’événements du Centre culturel Jacques Tati, j’ai également donné rendez-vous aux habitants. Les plus fragiles se sont parfois entraînés plusieurs semaines (en faisant l’aller-retour de chez eux au Centre) pour pouvoir me retrouver le jour du J. Malgré la courte distance, il y a une vraie appréhension de l’extérieur pour certains habitants. L’idée était de donner un « but », un « projet » aux plus isolés, et de les faire participer à des événements collectifs sur leur territoire.
Petit à petit, j’ai connecté des personnes qui avaient des passions communes (ex : 3 fans de Johnny Halliday), et elles se sont revues par la suite alors qu’elles ne s’étaient jamais rencontrées. Ce fut un grand moment de joie pour toutes et le début d’une sociabilité.

Sur la deuxième année, je continue la série « Bienvenue chez moi », en continuant à mettre les habitants en relation et en créant des actions extérieures. Je souhaiterais mettre en relation davantage d’habitants et les photographier dans des lieux du quartier qu’ils ne connaissent pas et qui m’évoquent un décor, pour leur faire participer à une action mise en scène. Par exemple amener un groupe de personnes au petit bois et leur dire de s’y rendre comme s’ils allaient à un pique-nique en pleine nature. Le fait de les inviter à se « déguiser, se parer » et à jouer un rôle pourrait développer leur créativité, et également leurs capacité à agir en groupe, avec d’autres personnes du même territoire. Ex: en juin dernier, j’avais donné rendez-vous aux habitants sur la pelouse en leur demandant de venir avec un détail de chez eux qui leur évoquait l’été. Ils ont tous joué le jeu !

L'exposition " Bienvenu chez moi "

Pendant deux ans, dans le cadre du projet d’art citoyen « Rollin(g) Stones », j’ai parcouru les rues et les immeubles du quartier Pierre Rollin pour rencontrer les habitants et les photographier chez eux, dans la rue, avec leurs proches, leur animal de compagnie, des éléments de leur quotidien.

J’ai cherché à explorer la notion de « chez soi ». Qu’est-ce qui fait qu’on se sent chez soi ? Est-ce lié à un lieu ? Des personnes ? Des habitudes ? Un objet ?

À travers ces photos, le spectateur est amené à voir les liens qui unissent les personnes entre elles, la manière dont les sujets se présentent face à l’objectif et comment ils s’intègrent dans leur environnement. Pas de regard fuyant, on rencontre l’autre en acceptant de poser, de se poser.

Tous ces habitants font partie du même territoire, ils sont pour certains connus de tous, pour d’autres ce sont des visages que l’on a peut-être croisés en bas d’un immeuble, dans la rue. Il n’est jamais trop tard pour aborder son voisin !

Bienvenue chez eux, à Pierre Rollin.

DANSE / PHOTO
MARTINE MARRAS ET VALERIE OBERLEITHNER

Valerie et moi avons dès le début eu envie de collaborer ensemble dans le projet, lorsque c’est pertinent, je vais avec elle chez des habitants chez qui elle propose une pratique de danse sur une musique de leur choix.

Cela les met à l’aise et en confiance et les « réveille » souvent. Beaucoup d’habitants passent leurs journées devant les écrans et ont développé des difficultés à bouger, des problèmes de surpoids, etc.

Valerie et moi souhaitons proposer aux habitants une expérience artistique, pour d’une part les mettre en valeur et leur donner un « projet », et ensuite pour les rassembler petit à petit, dans des pratiques de danse en groupe, avec d’autres habitants.
Ces « rendez-vous » deviennent de vrais rassemblements que l’on a pu expérimenter en extérieur (ex : en juin dernier en proposant des pratiques de 10min pendant une journée, entre les immeubles qui vont être détruits prochainement).

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Un recueil sur les pratiques photo/danse/action sortira en juin 2022. Il s'agit d'une collaboration entre la chorégraphe Valerie Oberleithner, la photographe Martine Marras et l’autrice Sarah Baraka.

Biographie

Parcours : Martine Marras est une photographe documentaire. Après avoir débuté la photographie de rue en Chine, il y a une dizaine d’années, elle s’est installée en France et crée des souvenirs pour les gens à travers des étapes importantes de leur vie.


Motivations : Son travail photographique explore les questions identitaires et le rapport à l’autre, ce qui constitue notre histoire, nos valeurs et l’environnement dans lequel on vit.